27 Mai 2016

Rosetta a senti de la glycine et du phosphore sur Tchouri !

La sonde européenne Rosetta a détecté dans la chevelure de la comète Tchouri (67P/Churuymov-Gerasimenko) des ingrédients qui pourraient avoir contribué à l’émergence de la vie terrestre. 3 questions à Hervé Cottin, astrochimiste et co-auteur de l'article publié vendredi 27 mai 2016 dans "Science Advances".
Le ''nez'' de Rosetta a trouvé de la glycine dans les gaz émanant de la comète 67P/Churuymov-Gerasimenko. Est-ce une découverte importante ?

Hervé Cottin : Oui car elle renforce l'hypothèse selon laquelle la vie pourrait s'être formée sur Terre grâce à l'apport de molécules d'origine extraterrestre. La glycine est le plus simple des acides aminés. L'instrument Rosina de la sonde Rosetta l'a détecté une 1re fois en octobre 2014 alors qu'elle se trouvait à 10 km de la comète. Cette molécule a été trouvée une seconde fois en mars 2015. Rosetta était alors à une distance comprise entre 15 et 30 km du noyau. Enfin, en juillet et août 2015, la glycine a de nouveau été détectée par l'instrument Rosina. Rosetta était très loin, à plus de 200 km de distance de 67P, mais entourée de poussières et de gaz car la comète, au plus proche du soleil, était à son maximum d'activité. Cette découverte était plutôt attendue car des expériences en laboratoire, notamment au laboratoire PIIM de Marseille, ont montré qu'il était possible de la synthétiser à partir d’analogues de glaces cométaires sous l’action de rayonnement ultraviolet, sans qu'il y ait besoin d'eau liquide, ce qui n'est pas le cas des autres acides aminés.

Schéma de la molécule de glycine

Sur Terre, la vie repose sur 20 acides aminés qui s'assemblent dans des séquences particulières et donnent des millions de protéines différentes.

De la glycine avait déjà été découverte dans des échantillons de poussières recueillis en 2004 par la sonde Stardust dans la queue de la comète Wild 2.

HC : Oui mais ce résultat est encore très débattu au sein de la communauté scientifique. Les échantillons de poussières ramenés sur Terre ont été capturés dans un collecteur rempli d'aérogel qui contenait, d'origine, de la matière organique terrestre. Il a fallu discriminer la glycine d'origine terrestre de celle, potentiellement, d'origine extraterrestre. Cela a été réalisé par des mesures isotopiques. Mais les quantités d'échantillons étaient très faibles. Si bien qu’il a fallu utiliser à un moment donné de l'analyse de l'eau liquide ! On ne peut alors pas exclure que la glycine détectée ne se soit pas formée au moment même de l'analyse à partir de précurseurs extraterrestres !

Rosetta apporte la 1re preuve univoque, de plus in situ, de l'existence de glycine dans les comètes. 


Rosetta a aussi flairé du phosphore, un élément présent dans l'ADN, les membranes cellulaires, l'ATP... Cet élément est aussi naturellement présent dans les roches terrestres.

HC : Oui mais l'extraire de ces phases minérales n'est pas aisé. Ce que Rosetta a mesuré, c'est du phosphore à l’état élémentaire ! Cela ne veut pas dire qu'il existe à l'état pur sur la comète – il y est certainement présent dans une molécule assez simple comme une phosphine (PH3) – mais dans un état plus facile à incorporer à de la matière organique que lorsqu'il se trouve dans un minéral ! Ce qui est formidable avec les comètes, c'est qu'elles nous donnent accès à une partie des ingrédients chimiques qui ont probablement fini dans la ''soupe primitive'' à l'origine de la vie sur Terre. Elles n'ont pas beaucoup changé en  4,5 milliards d'années. Ce que nous observons en ce moment dans 67P est probablement très similaire à ce qui bombardait la Terre avant l’apparition de la vie !



Hervé Cottin (@hcottin) est professeur à l’Université Paris-Est Créteil et chercheur au LISA. Il est membre du groupe de travail Système solaire du CNES, de l’équipe de l’instrument Cosima à bord de Rosetta et responsable d'expériences de chimie menées à l’extérieur de la Station spatiale internationale. Crédits : Hervé Cottin.

Puissant jet de gaz et de poussières émis par Tchouri le 29 juillet 2015 alors que la comète était quasiment au plus proche du soleil. Image prise par Rosetta alors qu'elle se trouvait à 186 km de distance du noyau de la comète. Crédits : ESA/Rosetta/MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA.

Les particules de poussières émises par le noyau de Tchouri sont illuminées par la lumière du Soleil. Image prise par Rosetta alors qu'elle se trouvait à 820 km de distance de la comète. Crédits : ESA/Rosetta/MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA.

Référence scientifique

  • Prebiotic chemicals – amino acid and phosphorus – in the coma of comet 67P/Churyumov–Gerasimenko, K. Altwegg et al. (2016) Science Advances

 

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