14 Janvier 2016

Les chances de reprendre contact avec Philae de plus en plus minces

L’ESA vient de tenter de mettre en rotation la roue à inertie de Philae pour provoquer un éventuel déplacement de l’atterrisseur, mais aucun changement au niveau des contacts n’a été noté à ce jour.

Il fait de plus en plus froid sur le noyau de la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko qui se situe actuellement à près de 300 millions dekm du Soleil. Très prochainement, la température et l’énergie solaire seront trop faibles pour que Philae puisse fonctionner, s’il en est encore capable. Il n’y a plus eu aucun contact entre l’atterrisseur et l’orbiteur depuis le 9 juillet dernier. Celui-ci semblait avoir capté quelque chose le 21 décembre, mais c’était une fausse alerte malheureusement. "À ce jour, explique Philippe Gaudon, chef de projet de la mission Rosetta au CNES, nous n’avons aucun moyen de savoir si Philae reçoit les commandes que nous lui envoyons et s’il les exécute mais ne parvient plus à émettre, ou s’il est définitivement éteint. "

Impossible de connaître l'état de Philae

Confrontés à cette situation de blocage, les responsables de la mission ont décidé de tenter un coup le 10 janvier : envoyer la commande de mise en rotation de la roue à inertie, celle qui avait stabilisé Philae lors de sa chute vers le noyau le 12 novembre 2014 et qui avait été arrêtée automatiquement après le 1er contact avec la surface. L’idée était que la mise en mouvement de cette roue pourrait provoquer un déplacement ou, au moins, secouer Philae pour disperser les matériaux qui ont pu se déposer sur lui au fil des mois. Aucun contact n’a été établi après cette manœuvre, il est donc impossible de connaître l’état de Philae et les raisons peuvent être nombreuses.

Philippe gaudon

"Philae n’est peut-être plus capable de recevoir nos commandes. L’énergie qu’il récupère grâce à ses panneaux solaires est peut-être insuffisante, ou bien l’électronique de vol ou les récepteurs sont hors service."

"Philae pourrait également avoir reçu les commandes et s’être déplacé, mais être incapable de nous le signaler car ses transmetteurs seraient hors service ou que l’énergie à bord serait insuffisante pour la transmission qui demande 10 W de plus que la réception. Enfin, l’éventuel déplacement de Philae provoqué par une mise en rotation de la roue à inertie étant incontrôlable,

nous pouvons également imaginer qu’il s’est retrouvé dans une situation pire qu’avant !

L’état actuel de Philae reste donc un mystère et les chances d’avoir un ultime contact s’amenuisent de jour en jour. L’orbiteur est actuellement à près de 80 km du noyau et il va se rapprocher dans les mois à venir. "D’après le calendrier de fin de mission, l’orbiteur devrait arriver en août à moins de 10 km du noyau, précise Philippe Gaudon, et nous espérons parvenir à voir Philae et son environnement immédiat avec une grande précision (une dizaine de cm de résolution). Nous pourrions alors, rétrospectivement, bien mieux comprendre son histoire et son comportement, car tout ce que nous envisageons depuis des mois – ombres portées des reliefs proches, attitude, orientation des antennes, etc. – est basé sur des calculs et intègre une marge d’incertitude."



Position estimée de Philae à la surface de la comète 67P. Crédits : CNES/D. Ducros.

Photo de la surface de la comète 67P prise par l'orbiteur de la mission Rosetta le jour de Noël, 25 décembre 2015. Crédits : ESA/Rosetta/MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA.